Retour aux articles
Actualités

46% des Français imposés en 2025 : pourquoi cette hausse cache une injustice fiscale

Idris Nuguse Idris Nuguse
15 mai 2026
9 min de lecture
46% des Français imposés en 2025 : pourquoi cette hausse cache une injustice fiscale

📌 L'essentiel

  • 19 millions de foyers fiscaux paient désormais l'impôt sur le revenu en 2025, soit 46% des ménages français contre 43% en 2016
  • 900 000 nouveaux foyers sont devenus imposables en un an, la plus forte hausse enregistrée depuis dix ans
  • L'impôt sur le revenu rapporte 120 milliards d'euros contre 289 milliards pour la TVA qui touche tout le monde sans distinction

Introduction

On me parle souvent d'injustice fiscale. Mais là, les chiffres de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP) viennent de tomber et ils posent une vraie question : 46% des foyers fiscaux français paient désormais l'impôt sur le revenu en 2025. C'est 900 000 foyers de plus qu'en 2024. Un record depuis dix ans. Pendant ce temps, 54% des ménages ne versent pas un euro d'impôt sur le revenu. Certains crient à l'injustice dans un sens, d'autres dans l'autre. Moi, après dix ans à décortiquer ma feuille d'impôt, je vous dis ce que personne ne vous explique : pourquoi ce chiffre de 46% révèle surtout que notre système fiscal marche sur la tête.

Les 3 livres essentiels

* Liens affiliés

## 46% d'imposés : un record qui cache une réalité bancale

Revenons aux faits bruts. Selon le rapport d'activité 2025 de la DGFiP publié début mai, 19 040 297 foyers fiscaux sont imposables à l'impôt sur le revenu. Sur un total de 41,6 millions de foyers fiscaux, ça fait 45,73% pour être précis. C'est le taux le plus élevé depuis 2015, quand on dépassait légèrement les 45%.

Entre 2024 et 2025, 919 425 foyers sont passés du statut de non-imposable à imposable. Une hausse de +5,1% en un an. Pendant ce temps, le nombre de foyers non imposés a baissé de -2,7%. La tendance est claire : de plus en plus de Français basculent dans la case "contribuable".

Mais voilà ce qu'on ne vous dit pas : en 2013, sous François Hollande, on était à 52% de foyers imposés. Face au ras-le-bol fiscal, le gouvernement avait supprimé la première tranche du barème et revalorisé la décote. Résultat : le taux était tombé à 43% en 2016. Aujourd'hui, on remonte doucement. Pas par décision politique assumée, mais par effet mécanique.

Pourquoi de plus en plus de foyers deviennent imposables

La raison est simple : l'inflation. Les salaires augmentent nominalement pour suivre tant bien que mal la hausse des prix. Sauf que le barème de l'impôt sur le revenu, lui, est revalorisé chaque année sur la base de l'inflation de l'année précédente. Avec un décalage et souvent une revalorisation inférieure à l'inflation réelle.

En 2025, le barème a été revalorisé de +0,9% seulement. Or, l'inflation réelle perçue par les ménages sur leurs courses, leur essence, leur loyer, dépasse largement ce chiffre. Résultat : mécaniquement, des foyers qui étaient juste en dessous du seuil d'imposition passent au-dessus.

Prenons un exemple concret. Un célibataire sans enfant qui gagne 2 300 € nets par mois, soit 27 600 € par an, se retrouve avec un revenu imposable d'environ 25 000 € après l'abattement de 10% pour frais professionnels. Avec le barème 2025, il paie environ 720 € d'impôt sur le revenu par an, soit 60 € par mois. Pas de quoi pleurer, mais suffisant pour qu'il se sente imposé.

Il y a cinq ans, avec le même pouvoir d'achat, ce célibataire était probablement non imposable grce à la décote. Aujourd'hui, il paie. C'est ça, l'effet ciseaux : les revenus nominaux grimpent, le barème suit mollement, et hop, vous basculez.

cette dynamique explique en partie la hausse des recettes fiscales observée ces dernières années.

L'injustice dont personne ne parle : la TVA écrase tout le monde

Maintenant, parlons du vrai scandale. L'impôt sur le revenu rapporte 120 milliards d'euros par an à l'État. C'est beaucoup. Mais la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) rapporte 289 milliards d'euros. Soit 2,4 fois plus. Et devinez quoi ? La TVA, tout le monde la paie. Le smicard, le cadre, le retraité, le chômeur. À chaque achat.

Quand vous achetez un paquet de ptes à 1 €, vous payez 5,5% de TVA. Quand vous faites le plein d'essence, c'est 20% de TVA. Quand vous achetez des vêtements pour vos enfants, encore 20%. Aucune progressivité. Aucune prise en compte de votre niveau de vie. La TVA est l'impôt le plus injuste qui soit parce qu'il pèse proportionnellement plus lourd sur les petits budgets.

Un ménage qui gagne 1 500 € par mois dépense presque tout. Donc paie de la TVA sur presque tout. Un ménage qui gagne 10 000 € par mois épargne une partie, donc paie proportionnellement moins de TVA sur son revenu global. Pourtant, personne ne manifeste contre la TVA. Pourquoi ? Parce qu'elle est invisible. Elle est noyée dans le prix affiché.

L'impôt sur le revenu, lui, est visible. Vous recevez un avis d'imposition. Vous voyez le prélèvement chaque mois. Alors vous rlez. Mais au final, entre l'impôt sur le revenu et la TVA, c'est cette dernière qui vous plume vraiment.

Le système fiscal français favorise les couples et les patrimoines

Autre injustice criante : le quotient familial. En France, l'impôt sur le revenu se calcule par foyer fiscal. Un couple marié ou pacsé déclare ses revenus ensemble et bénéficie de deux parts fiscales. Résultat : à revenu global égal, un couple paie souvent moins d'impôt que deux célibataires.

Exemple chiffré. Un couple sans enfant qui gagne 4 000 € nets par mois au total (48 000 € par an), soit 2 000 € chacun, paie environ 480 € d'impôt sur le revenu par an. Deux célibataires qui gagnent chacun 2 000 € nets par mois paient chacun environ 240 € d'impôt, soit 480 € au total aussi. Mais si l'un des deux gagne 2 500 € et l'autre 1 500 €, le couple marié paie toujours 480 €, tandis que les deux célibataires paient au total environ 550 €. Le système favorise clairement les couples.

Et ne parlons même pas des revenus du capital. Les dividendes, les plus-values mobilières, les intérêts : tout ça est taxé au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30% (dont 17,2% de prélèvements sociaux). Pendant ce temps, un salarié peut voir son Taux Marginal d'Imposition (TMI) grimper jusqu'à 45% s'il gagne plus de 177 106 € par an. Ajoutez les 17,2% de prélèvements sociaux sur les revenus d'activité, et vous comprenez vite que vivre de son travail coûte plus cher fiscalement que vivre de son capital.

Mon avis : faut-il vraiment imposer 50% des foyers ?

Personnellement, je trouve qu'on pose mal le débat. La question n'est pas de savoir si 50% ou 46% des foyers doivent payer l'impôt sur le revenu. La vraie question, c'est : est-ce que notre système fiscal est juste et efficace ?

Aujourd'hui, l'impôt sur le revenu est progressif, certes. Mais il pèse essentiellement sur les classes moyennes et moyennes supérieures. Les très hauts revenus optimisent via des niches fiscales ou des revenus du capital taxés à taux fixe. Les très bas revenus ne paient rien, ce qui est normal. Mais entre les deux, vous avez une masse de salariés qui paient plein pot sans pouvoir optimiser grand-chose.

Moi, ce qui me choque, c'est qu'on s'acharne à taxer les revenus du travail pendant que les revenus du capital bénéficient d'un traitement de faveur. Je ne dis pas qu'il faut tuer l'investissement. Mais quand un rentier qui vit de ses dividendes paie 30% tout compris et qu'un cadre qui bosse 50 heures par semaine paie 45% plus les prélèvements sociaux, il y a un problème.

Si on veut vraiment imposer 50% des foyers, alors il faut revoir toute la structure. Baisser la pression sur les revenus du travail, augmenter celle sur les revenus du capital, et surtout, surtout, rendre la TVA plus progressive. Pourquoi ne pas baisser la TVA sur les produits de première nécessité et l'augmenter sur les produits de luxe ? Ça, ce serait de la justice fiscale.

la transparence salariale qui arrive en 2026 pourrait au moins permettre de mieux comprendre les écarts de revenus et donc de fiscalité.

Exemple concret : Sophie, infirmière à Lyon

Sophie, 34 ans, infirmière à Lyon, gagne 2 100 € nets par mois, soit 25 200 € par an. Après l'abattement de 10% pour frais professionnels, son revenu imposable est de 22 680 €. Avec le barème 2025, elle paie environ 480 € d'impôt sur le revenu par an, soit 40 € par mois.

Sophie fait partie des 900 000 nouveaux foyers imposables de 2025. L'an dernier, avec son salaire légèrement inférieur et la décote, elle ne payait rien. Cette année, elle paie. Pas énorme, mais symboliquement, ça compte. Elle a l'impression de bosser dur, de se lever à 5h du matin, de gérer des patients difficiles, et de devoir reverser une partie de son salaire à l'État.

En parallèle, Sophie a une amie, Claire, qui a hérité d'un portefeuille d'actions de ses parents. Claire perçoit 15 000 € de dividendes par an. Elle paie 30% de PFU dessus, soit 4 500 €. Mais elle n'a pas travaillé pour ça. Elle a juste eu de la chance de naître dans la bonne famille. Sophie, elle, travaille 40 heures par semaine et paie proportionnellement autant d'impôt sur ses revenus si on rapporte au niveau de vie.

C'est ce genre de situation qui mine la confiance dans le système fiscal. Sophie ne comprend pas pourquoi elle doit payer alors que Claire, qui ne travaille pas, paie certes en valeur absolue, mais avec un effort bien moindre.

Ce qu'il faut retenir

1. 46% des foyers fiscaux paient l'impôt sur le revenu en 2025, soit 900 000 foyers de plus qu'en 2024, un record depuis dix ans lié à l'inflation et à la faible revalorisation du barème.

2. L'impôt sur le revenu rapporte 120 milliards d'euros contre 289 milliards pour la TVA qui touche tout le monde sans distinction : le vrai impôt injuste, c'est la TVA, pas l'impôt sur le revenu.

3. Le système fiscal français favorise les couples via le quotient familial et les revenus du capital via le PFU à 30%, pendant que les salariés peuvent payer jusqu'à 45% plus les prélèvements sociaux.

Ne vous laissez pas impressionner par les débats stériles sur le nombre de foyers imposés. Ce qui compte, c'est la structure globale de la fiscalité. Et là, on a du boulot. En attendant, optimisez ce que vous pouvez : Plan d'Épargne Retraite (PER), dons aux associations, emploi à domicile. Chaque euro déduit compte.

Ressources recommandées

LivreAuteurPourquoiLien
Petit manuel d'éducation financièreA-C. BennevaultPour une éducation financière accessibleAmazon
La Psychologie de l'ArgentMorgan HouselPour comprendre vos biais comportementauxAmazon
Tout sur l'économieHeu?rekaPour comprendre l'économie simplementAmazon

* Liens affiliés Amazon

Partager
Idris Nuguse

Idris Nuguse

Autodidacte en finance depuis 10 ans, je me prépare une retraite anticipée grâce à l'épargne intelligente. Je décrypte l'actualité économique pour vous.