Introduction
On les traite de feignants, d'émotifs, d'incapables de tenir un job. La génération Z, ces jeunes nés entre 1997 et 2012, cristallise toutes les critiques du monde du travail. Mais derrière les jugements à l'emporte-pièce, qu'est-ce que les chiffres racontent vraiment ? 24% des jeunes entrés sur le marché du travail en 2017 ont quitté leur Contrat à Durée Indéterminée (CDI) entre 2020 et 2023. Dans le même temps, 72% des 18-29 ans angoissent quotidiennement à cause de leur budget. Alors, génération feignante ou génération sacrifiée par un système qui les a mal préparés ?
Ce que révèlent les données de la Banque de France, du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) et du Wall Street Journal, c'est une réalité bien plus complexe que les clichés habituels. Une génération qui enchaîne les découverts bancaires, se noie dans les mini-crédits express et quitte des CDI par vagues entières. Pas par paresse. Par survie.
Les 3 livres essentiels
- 1. La Psychologie de l'Argent - Morgan Housel
- 2. En as-tu vraiment besoin ? - P-Y McSween
- 3. Devenez Riche - Ramit Sethi
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Le mythe du CDI protecteur s'effondre pour la Gen Z
Le CDI était censé être le Graal. La sécurité absolue. Le sésame vers une vie stable. Sauf que pour la génération entrée sur le marché du travail en 2017, ce contrat magique ne tient plus ses promesses. Selon le Céreq, 58% des jeunes de cette génération occupaient un CDI en 2020, trois ans après leur entrée dans la vie active. Un léger progrès par rapport aux cohortes précédentes.
Mais trois ans plus tard, en 2023, près de 24% d'entre eux n'étaient plus en CDI ni devenus fonctionnaires. Une hausse de 40% par rapport à la génération 2010. Dans deux tiers des cas, ces ruptures ont été choisies : démission ou rupture conventionnelle à l'initiative du jeune. Pas des licenciements. Des départs volontaires.
Le phénomène est encore plus marqué dans certains secteurs. Dans l'hébergement-restauration, plus de la moitié des jeunes ont quitté leur CDI entre 2020 et 2023. Dans les activités financières, d'assurance et immobilières, les jeunes ont été quatre fois plus nombreux à quitter un CDI que leurs aînés. 68% de ces ruptures étaient choisies et ont majoritairement permis de retrouver un emploi stable ailleurs.
Ce que ça signifie concrètement pour vous : le CDI n'est plus un indicateur de stabilité suffisant. Les jeunes changent de boîte non par caprice, mais parce que les conditions de travail, les salaires ou l'ambiance ne correspondent pas à leurs attentes. Jean-François Giret, directeur du Céreq, l'explique clairement : les jeunes ont changé leur rapport au travail et au contrat de travail. Il y a un désir de changement plus élevé qu'avant.
Le stress financier quotidien : 72% des jeunes angoissent pour leur budget
Derrière les démissions en cascade, il y a une réalité financière brutale. Selon une étude publiée par Oney et l'association Crésus, 72% des 18-29 ans angoissent quotidiennement à cause de leur budget. Pas une fois par mois au moment de payer le loyer. Tous les jours.
Le contexte économique tendu frappe encore plus fort les jeunes, souvent en situation de précarité. Parmi les jeunes surendettés en 2025, 37% étaient au chômage, contre 26% des personnes surendettées au global. Les chiffres de la Banque de France sont sans appel : la génération Z représente désormais 12% des ménages surendettés en 2025, contre 5% en 2022. Le triple en trois ans. La hausse des dossiers déposés en 2025 a été de 36% pour l'ensemble des jeunes, et même de 65% pour les seuls 18-25 ans.
Maëllya, 23 ans, étudiante et employée en restauration, résume bien la situation : "J'ai toujours beaucoup travaillé, mais je suis aussi très dépensière. Je n'ai jamais su gérer mon argent." Depuis décembre, elle tente de mettre 2 000 € de côté pour un long voyage. Résultat : train de vie revu à la baisse et rythme de travail intensifié, avec au moins trois services en semaine plus le samedi. Le livret jeune étant plafonné à 1 600 €, elle a dû ouvrir un Livret A. Mais les aléas de la vie, comme l'augmentation soudaine de son loyer, rendent l'épargne quasi impossible.
Selon une étude CSA, 31% des 18-24 ans et 42% des 25-34 ans sont à découvert tous les mois ou presque, contre 24% des Français en général. Le passage dans le rouge intervient en moyenne entre le 14e et le 18e jour du mois. Cyril Chiche, patron de la néobanque Sumeria, résume : "Si vous êtes à découvert tous les mois à partir du 16, vous allez être une victime du système bancaire toute votre vie, vous n'allez jamais pouvoir épargner."
Les mini-crédits express : la drogue douce du surendettement
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a récemment pointé du doigt les "mini-crédits" dans une audition devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Ces crédits de 200 € ou moins, remboursables à très court terme et accessibles via des applications mobiles, sont devenus une forme de "drogue douce" selon ses propres mots.
L'offre s'est développée avec des acteurs comme Floa, Finfrog ou Moneybounce. Klarna, établissement de crédit suédois spécialisé dans le paiement différé ou en plusieurs fois, revendique près de 3 millions d'utilisateurs actifs mensuels en France et une hausse de l'usage de 221% sur un an.
Le problème : dix mini-crédits de 200 €, ça peut faire 2 000 € de surendettement. Ces produits prospèrent sur le fort désir de consommation d'une partie des jeunes adultes. Selon une enquête de Plum, une application d'épargne automatique, 27% des 18-34 ans regrettent d'avoir effectué un achat au moins une fois par mois, 15% au moins une fois par semaine. En cause : la peur de rater une bonne affaire ou une sortie avec les proches. 74% des jeunes Français reconnaissent avoir déjà dépassé leur budget, de 80 € en moyenne, pour ne pas manquer un moment avec leurs amis.
Le Royaume-Uni a réagi : de nouvelles règles de distribution entrent en vigueur en juillet 2026, car une étude a montré qu'un tiers des 18-34 ans utilisant le paiement en plusieurs fois ont été au moins une fois incapables de rembourser une échéance. L'Union européenne suit avec la révision de la directive sur le crédit à la consommation (DCC2), applicable le 20 novembre 2026, qui renforcera les obligations des distributeurs en matière de vérification de solvabilité.
L'éducation financière : le chainon manquant
Près de 45% des moins de 25 ans estiment ne pas avoir une bonne connaissance financière, selon Simon Cascarano, directeur du développement BtoC à la Caisse d'Épargne. Julie Perrin, déléguée générale à l'éducation de la fondation Crésus, confirme : "Un tiers des Français n'ont pas une bonne connaissance financière, et c'est encore plus marqué chez les moins de 25 ans."
Le premier conseil pour être plus apaisé ? Faire le point sur son budget. Cela permet de voir quelles aides on peut obtenir, si on a des charges en double et de savoir où on va. L'association Crésus a développé l'outil en ligne Budget Grande Vitesse (BGV) pour simplifier au maximum la gestion du budget.
Marilou, 22 ans, alternante enseignante de Sciences Économiques et Sociales (SES), a adopté une méthode simple : "J'ai un petit carnet avec toutes mes dépenses et chaque mois je prévois une enveloppe pour chaque activité." Une organisation qui permet de gérer les imprévus. Son chien a mangé du chocolat et une grappe de raisin, deux ingrédients toxiques. Passage obligé chez le vétérinaire : entre 100 et 300 € pour un lavage gastrique. Sans son épargne de précaution, elle aurait été dans le rouge.
Ce réflexe d'épargner vient de son éducation : "Je suis très économe depuis toute petite. Dès mes dix ans, on me disait de mettre de côté sur mon Livret A pour les études, la voiture." Mais tous les jeunes n'ont pas eu cette chance. 35% de la génération Z réclament plus de cours d'éducation financière, selon Julien Cailleau, directeur général adjoint chez Oney. Ils veulent des cours concrets pour être plus sereins face aux premières fois : premier emploi, première voiture, premier voyage, premier loyer ou achat de logement.
Lola, 22 ans, s'est retrouvée seule face à un héritage. "Je me suis retrouvée un peu seule. C'est très compliqué car normalement les gens qui reçoivent un héritage ont les connaissances." L'ge moyen d'un héritier est de 50 ans, en général il a déjà acquis des biens importants. Pour compenser, Lola s'est baladée sur YouTube et "des trucs sur internet". Résultat : elle cherche maintenant un appartement pour entamer sa vie professionnelle, mais sans accompagnement solide.
Au travail aussi, la Gen Z est mal préparée
Le Wall Street Journal a publié une longue enquête sur l'arrivée de la génération Z dans le monde du travail. Le constat est brutal : "La nouvelle génération au travail ne ressemble à rien de ce que nous avons vu auparavant." Entre le manque d'expériences relationnelles dans le monde réel, les années d'études en distanciel et la communication largement asynchrone, ces jeunes d'une vingtaine d'années ont manqué d'opportunités pour développer les compétences nécessaires au monde du travail.
Tessa West, professeure de psychologie à l'université de New York, alerte : "Si la tendance se poursuit, nous nous dirigeons vers une crise : une génération d'employés qui ne deviennent jamais des initiés aguerris, incapables de collaborer ou de diriger."
Parmi les causes : seulement 56% des jeunes débarquent dans le monde professionnel en ayant eu une relation amoureuse, contre 75% pour les générations précédentes. Les premières relations enseignent des compétences sociales de base : exprimer ses émotions, coopérer, pardonner, rivaliser. Toutes des compétences utilisées au travail. Leur vie étudiante a été marquée par la solitude et l'enseignement en ligne pendant le Covid. Comment gérer la confrontation et les retours négatifs dans ces conditions ?
Cette génération communique désormais par textos et messages instantanés au lieu d'interagir en personne. Cela les rend anxieux lorsque les interactions sont imprévues et spontanées, lors de réunions à enjeux élevés ou face à des retours inattendus du patron.
Mais les employeurs doivent aussi s'adapter. Le Wall Street Journal avance plusieurs pistes : rendre la communication plus claire et directe, désamorcer les tensions en organisant des réunions en présentiel, accepter de répondre à davantage de questions. Le cercle sera vertueux : une bonne intégration, une assimilation des normes sociales et un épanouissement professionnel.
Exemple concret : Lucas, 24 ans, développeur web à Lyon
Lucas, 24 ans, développeur web à Lyon, gagne 2 100 € net par mois. Il a décroché son CDI il y a 18 mois dans une agence digitale. Sur le papier, c'est la réussite. Mais dans les faits, Lucas est à découvert depuis le 12 du mois.
Voici son budget mensuel :
- Loyer studio centre-ville : 750 €
- Courses et repas : 350 €
- Abonnements divers (Netflix, Spotify, salle de sport) : 85 €
- Transports : 70 €
- Sorties et loisirs : 400 €
- Remboursement mini-crédit Klarna : 150 € (achat impulsif d'une console de jeu)
- Frais bancaires découvert : 45 €
Total : 1 850 €. Il lui reste théoriquement 250 €. Sauf qu'entre les achats impulsifs (un concert à 80 €, un week-end entre amis à 200 €), il finit systématiquement dans le rouge. Il n'a aucune épargne de précaution. Quand sa voiture a eu une panne de 320 €, il a dû contracter un nouveau mini-crédit.
Lucas représente parfaitement cette génération : un salaire correct mais aucune éducation financière, une consommation impulsive alimentée par les facilités de paiement, et un stress quotidien qui le pousse à envisager de quitter son CDI pour "autre chose", sans vraiment savoir quoi.
Mon avis : ni feignants, ni victimes, juste mal préparés
Après dix ans à observer les comportements financiers et à préparer ma propre retraite anticipée, je peux vous dire une chose : la génération Z n'est pas feignante. Elle est mal préparée. Nuance fondamentale.
Quand j'ai commencé à m'intéresser aux finances personnelles à 25 ans, j'ai eu la chance d'avoir des mentors et des ressources. Mais surtout, j'ai compris une vérité simple : personne ne vous apprendra à gérer votre argent à l'école. Ni au collège, ni au lycée, ni même à l'université. On vous enseigne les mathématiques, l'économie théorique, mais jamais comment établir un budget, éviter les découverts ou comprendre un crédit.
Les jeunes d'aujourd'hui ont grandi dans un monde d'abondance apparente : Amazon Prime en 24h, Uber Eats à portée de clic, Klarna pour payer en 3 fois sans frais. Tout est conçu pour faciliter la consommation immédiate. Les mini-crédits express ? Une arnaque légale qui profite de l'ignorance financière.
Ce qui m'inquiète le plus, c'est le cercle vicieux : découverts chroniques dès 20 ans, impossibilité d'épargner, stress financier permanent, démissions en cascade pour fuir un mal-être, précarité qui s'installe. Dans 10 ans, cette génération aura 35 ans et n'aura toujours pas constitué d'épargne de précaution. Aucun apport pour un achat immobilier. Aucune préparation pour la retraite.
Derrière ce chiffre de 24% de jeunes qui quittent leur CDI, il n'y a pas de la paresse. Il y a de la souffrance, de l'inadaptation, un décalage entre les attentes et la réalité. Les entreprises doivent s'adapter, certes. Mais les jeunes doivent aussi reprendre le contrôle de leurs finances. Parce que personne ne le fera à leur place.
Pour aller plus loin
Si vous faites partie de cette génération ou si vous voulez aider un proche, voici trois leviers concrets :
1. Tenez un budget mensuel écrit. Un simple carnet ou l'outil BGV de Crésus. Listez vos revenus et toutes vos dépenses. Vous verrez immédiatement où part votre argent.
2. Constituez une épargne de précaution. Même 50 € par mois. Ouvrez un Livret A et programmez un virement automatique le jour de votre salaire. 600 € par an, c'est déjà une sécurité face aux imprévus.
3. Fuyez les mini-crédits et facilités de paiement. Si vous ne pouvez pas payer comptant, c'est que vous n'avez pas les moyens. Point. Ces produits créent une dette invisible qui vous emprisonne.
Les banques et associations multiplient les initiatives. La Caisse d'Épargne a créé une version de son application réservée aux adolescents avec un assistant Intelligence Artificielle (IA) personnalisé. Crésus et Oney investissent les réseaux sociaux pour donner une information fiable sans intérêt commercial. La Semaine de l'éducation financière organisée par la Banque de France sensibilise les jeunes.
Mais ne comptez pas uniquement sur les institutions. Formez-vous. Lisez. Apprenez. Parce que sur le long terme, ce qui compte, c'est votre capacité à gérer votre argent de manière autonome. Pas votre salaire. Pas votre CDI. Votre discipline financière.
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Ce qu'il faut retenir
1. La génération Z n'est pas feignante, elle est mal préparée financièrement. 45% des moins de 25 ans n'ont pas de bonnes connaissances financières et 31% des 18-24 ans sont à découvert tous les mois. Le système éducatif ne leur a jamais appris à gérer un budget réel.
2. Les mini-crédits express et facilités de paiement sont des pièges. 2 000 € de dette peuvent s'accumuler avec dix mini-crédits de 200 €. Fuyez Klarna, Floa et consorts. Si vous ne pouvez pas payer comptant, vous n'avez pas les moyens.
3. Le CDI n'est plus un gage de stabilité pour les jeunes. 24% ont quitté leur CDI entre 2020 et 2023, souvent volontairement. Mais cette mobilité cache une souffrance : manque d'intégration, salaires faibles, open space anxiogène. Les entreprises doivent s'adapter, mais les jeunes doivent aussi apprendre les codes du monde professionnel.
Vous avez 20, 25 ou 30 ans ? Reprenez le contrôle maintenant. Tenez un budget. Épargnez 50 € par mois minimum. Refusez les crédits faciles. Dans 10 ans, vous me remercierez. Parce que la liberté financière, ça se construit dès aujourd'hui, pas à 50 ans quand il est trop tard.