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Salaire net sans cotisations : 67% des Français refuseraient d'abandonner la Sécu

Idris Nuguse Idris Nuguse
31 janvier 2026
13 min de lecture
Salaire net sans cotisations : 67% des Français refuseraient d'abandonner la Sécu

📌 L'essentiel

  • 59% des Français épargnent par précaution en 2025, un niveau record qui traduit une défiance face aux incertitudes économiques et politiques
  • Le taux d'épargne atteint 18% du revenu disponible brut au premier trimestre 2025, contre 15% avant la crise sanitaire de 2020
  • 4,25 millions de personnes dépendent des minima sociaux fin 2024, soit 10% de la population couverte par ces dispositifs de protection

Introduction

On entend régulièrement cette rengaine : "Si seulement on touchait notre salaire brut en net, on serait tous riches !" Derrière cette affirmation se cache un fantasme tenace : celui du chacun pour soi, où chacun gère ses risques individuellement, sans cotisations obligatoires. Sauf que les chiffres du baromètre 2025 "Les Français, l'épargne et la retraite" nous racontent une tout autre histoire. 59% des Français épargnent par précaution, un niveau record. Le taux d'épargne atteint 18% du revenu disponible brut au premier trimestre 2025. Et 4,25 millions de personnes dépendent des minima sociaux fin 2024. Ce que ces données nous disent, c'est que les Français ont parfaitement compris une chose : personne ne peut prévoir l'avenir, et la mutualisation des risques n'est pas un luxe, c'est une nécessité.

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L'épargne de précaution explose : le symptôme d'une société anxieuse

Le baromètre 2025 réalisé par Ipsos pour le Cercle des Épargnants nous livre un chiffre frappant : 59% des détenteurs de produits d'épargne déclarent mettre de l'argent de côté avant tout pour constituer une épargne de précaution. C'est +7 points en un an. Jamais ce motif n'avait été aussi dominant. Loin devant la préparation de la retraite (28%) ou le financement d'un projet (13%).

Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Que les Français ne font plus confiance au système pour les protéger en cas de coup dur. Ils anticipent des accidents de parcours, des licenciements, des dépenses de santé imprévues. Et ils se constituent un matelas financier pour y faire face seuls. C'est exactement ce qui se passerait si on supprimait les cotisations sociales : chacun devrait épargner massivement pour se constituer sa propre assurance chômage, sa propre assurance maladie, sa propre retraite.

Le problème, c'est que tout le monde n'a pas les mêmes capacités d'épargne. Selon l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE), 54% des Français estiment que leur pouvoir d'achat a baissé en 2024. Comment voulez-vous constituer une épargne de précaution solide quand vous peinez déjà à boucler vos fins de mois ? La réponse est simple : vous ne pouvez pas. Et c'est précisément là que le système de protection sociale prend tout son sens.

Point de vigilance : L'épargne de précaution est certes nécessaire, mais elle ne doit pas se substituer à la protection collective. Elle vient en complément, pas en remplacement. Viser 3 à 6 mois de dépenses courantes sur un Livret A ou un Livret d'Épargne Populaire (LEP) reste la recommandation de base.

Le taux d'épargne à 18% : on consomme moins, on thésaurise plus

Au premier trimestre 2025, le taux d'épargne des ménages français atteint 18% du revenu disponible brut, selon l'INSEE. Pour vous donner une échelle de comparaison, avant la crise sanitaire de 2020, ce taux tournait autour de 15%. Aujourd'hui, on est bien au-dessus.

Derrière ce chiffre se cache une réalité économique : les Français consomment moins. Ils gardent leur argent. Pourquoi ? Parce qu'ils ont peur. Peur de perdre leur emploi, peur d'une nouvelle crise, peur de ne pas pouvoir faire face à une dépense imprévue. Cette thésaurisation massive est un très mauvais signe pour la croissance économique. Moins de consommation, c'est moins d'activité pour les entreprises, donc moins d'embauches, donc plus de chômage. Un cercle vicieux.

Maintenant, imaginez qu'on supprime les cotisations sociales et qu'on augmente le salaire net de 25% à 30%. Pensez-vous vraiment que les Français vont dépenser cet argent ? Non. Ils vont l'épargner encore plus, parce qu'ils savent qu'ils devront se débrouiller seuls en cas de pépin. Le taux d'épargne grimperait probablement à 25% ou 30%, plombant encore plus la consommation.

Ce que les libéraux qui prônent le "salaire net à 100%" ne comprennent pas, c'est que le comportement humain ne fonctionne pas comme une équation mathématique. On ne dépense pas forcément plus quand on gagne plus. On épargne par peur. Et cette peur, elle est rationnelle quand on n'a aucun filet de sécurité.

Frais caché : Épargner massivement sur des supports peu rémunérés (Livret A à 3% en 2025) fait perdre du pouvoir d'achat face à l'inflation. Mais investir comporte des risques que tout le monde n'est pas prêt à prendre, surtout sans protection sociale.

4,25 millions de personnes sous minima sociaux : le filet qui empêche la chute

Fin 2024, 4,25 millions de personnes sont allocataires d'un des minima sociaux en vigueur en France, selon le rapport "Minima sociaux et prestations sociales" publié en décembre 2025. En incluant les conjoints et les personnes à charge, ce sont 6,9 millions de personnes qui sont couvertes par ces dispositifs fin 2023, soit 10% de la population française.

Qu'est-ce qu'un minima social ? C'est un revenu minimum garanti par l'État pour permettre à une personne de vivre dignement. Le Revenu de Solidarité Active (RSA), l'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), l'Allocation de Solidarité Spécifique (ASS)... Ces dispositifs sont financés par les cotisations sociales et la solidarité nationale.

Maintenant, supprimez les cotisations sociales. Que deviennent ces 6,9 millions de personnes ? Elles basculent dans une précarité absolue. Pas de revenus, pas de protection, rien. Vous me direz peut-être : "Mais avec un salaire net plus élevé, on pourrait donner de l'argent à des associations caritatives." Sauf que la charité ne remplacera jamais un système de protection universel. Les associations sont submergées, elles n'ont ni les moyens ni la vocation de gérer 10% de la population.

Je vais être direct : ceux qui fantasment sur le salaire net à 100% sont généralement ceux qui n'ont jamais eu à dépendre d'un minima social. Ils ne se rendent pas compte de la violence que représente l'absence de filet de sécurité. Quand vous perdez votre emploi à 55 ans, que vous avez épuisé vos droits au chômage, et que vous ne retrouvez rien, le RSA, c'est ce qui vous empêche de dormir dehors.

Point de vigilance : Les minima sociaux sont parfois critiqués pour leurs effets de seuil (perdre plus en reprenant un emploi qu'en restant allocataire). C'est un vrai problème qu'il faut corriger. Mais la solution n'est pas de supprimer le système, c'est de l'améliorer.

Le fantasme du "chacun pour soi" : pourquoi ça ne fonctionne pas

L'idée de toucher son salaire brut en net repose sur un postulat : chacun est capable de gérer ses propres risques. Vous voulez une assurance maladie ? Souscrivez-en une privée. Vous voulez une retraite ? Épargnez vous-même. Vous voulez une assurance chômage ? Mettez de l'argent de côté.

Le problème, c'est que ce modèle ne fonctionne que pour une minorité de la population. Ceux qui ont des revenus confortables, une bonne éducation financière, et la capacité d'épargner. Pour tous les autres, c'est la roulette russe.

Prenons un exemple concret. Sophie, 32 ans, infirmière à Lyon, gagne 2 200 € net par mois. Elle paie 800 € de loyer, 200 € de courses, 150 € de transports, 100 € de mutuelle, 50 € d'abonnements divers. Il lui reste 900 € par mois. Sur ces 900 €, elle essaie d'épargner 200 € pour se constituer une épargne de précaution. Si on supprime les cotisations sociales et qu'elle touche 2 800 € net (hypothèse d'une hausse de 27%), pensez-vous qu'elle va dépenser les 600 € supplémentaires ? Non. Elle va les épargner, parce qu'elle sait qu'elle doit maintenant financer sa propre assurance maladie (au moins 150 € par mois pour une bonne couverture), cotiser pour sa retraite (au moins 300 € par mois pour espérer toucher quelque chose), et se constituer un matelas en cas de chômage (au moins 200 € par mois). Bilan : elle se retrouve avec moins d'argent disponible qu'avant.

Et encore, Sophie a de la chance : elle est en bonne santé. Imaginez quelqu'un avec une maladie chronique. L'assurance privée va lui facturer une prime exorbitante, voire refuser de l'assurer. Résultat : il n'a plus accès aux soins. C'est exactement ce qui se passe aux États-Unis, où des millions de personnes renoncent à se soigner parce qu'elles n'ont pas d'assurance.

Frais caché : Les assurances privées ont des coûts de gestion bien plus élevés que la Sécurité Sociale (frais de publicité, marges commerciales, sélection des risques). Au final, vous payez plus cher pour une couverture souvent moins bonne.

Ce que les chiffres nous disent vraiment : les Français ont compris

Revenons aux données du baromètre 2025. 39% des Français comptent épargner davantage en 2025, un niveau record. 23% anticipent qu'ils devront puiser dans leur épargne. 38% ne prévoient ni d'épargner davantage ni de puiser dans leur épargne.

Ce que ces chiffres nous disent, c'est que les Français sont lucides. Ils savent que l'avenir est incertain. Ils savent qu'ils peuvent perdre leur emploi, tomber malades, avoir un accident. Et ils savent que sans protection collective, ils seraient livrés à eux-mêmes.

C'est pour ça que, malgré tous les discours sur le "matraquage fiscal" et les "charges qui tuent l'emploi", la majorité des Français ne veut pas renoncer à la Sécurité Sociale. Parce qu'ils ont compris que c'est un investissement collectif qui bénéficie à tous. Même ceux qui ne l'utilisent pas aujourd'hui peuvent en avoir besoin demain.

J'ai commencé à m'intéresser aux finances personnelles il y a 10 ans. À l'époque, j'étais fasciné par les modèles libéraux, l'idée de l'indépendance financière totale, du "self-made man". Mais plus j'ai creusé, plus j'ai réalisé que ces modèles ne fonctionnent que dans des sociétés où les inégalités sont acceptées comme une fatalité. En France, on a fait un autre choix : celui de la solidarité. Et ce choix, il a un coût. Mais il a aussi une valeur immense.

Les vrais problèmes à régler : efficacité, pas suppression

Je ne dis pas que notre système de protection sociale est parfait. Loin de là. Il y a des gaspillages, des inefficacités, des effets de seuil absurdes. Le déficit de la Sécurité Sociale est un problème réel. Les fraudes aux prestations sociales existent. Les délais de traitement des dossiers sont parfois interminables.

Mais la solution, ce n'est pas de tout supprimer. C'est d'améliorer le système. Réduire les coûts administratifs, lutter contre les fraudes, simplifier les démarches, mieux cibler les aides. C'est un travail de fond, ingrat, qui ne fait pas de gros titres. Mais c'est le seul qui vaille.

Prenons l'exemple des minima sociaux. Le rapport 2025 montre que 10% de la population en dépend. C'est énorme. Mais au lieu de se dire "supprimons tout", demandons-nous : pourquoi autant de gens ont besoin de ces aides ? Chômage de longue durée, précarité, handicap, vieillesse... Les causes sont multiples. Et les réponses doivent être adaptées à chaque situation.

De même pour la Sécurité Sociale. Oui, elle coûte cher. Mais elle permet aussi à des millions de Français de se soigner sans se ruiner. Aux États-Unis, une appendicite peut vous coûter 10 000 $ si vous n'êtes pas assuré. En France, vous payez zéro. C'est ça, la valeur de la mutualisation des risques.

Point de vigilance : Améliorer l'efficacité ne signifie pas forcément réduire les dépenses. Parfois, il faut investir davantage pour obtenir de meilleurs résultats (prévention, éducation, accompagnement).

Mon avis : la solidarité n'est pas une charge, c'est un investissement

Je vais être franc avec vous. Quand j'entends des discours sur le salaire net à 100%, je sais que c'est du marketing politique. Personne ne propose sérieusement de supprimer la Sécurité Sociale. Parce que tout le monde sait que ce serait un désastre social et économique.

Mais ces discours ont un effet pervers : ils alimentent le ressentiment contre les "assistés", les "profiteurs", les "charges". Ils créent une division entre ceux qui cotisent et ceux qui reçoivent. Alors qu'en réalité, on est tous dans le même bateau. Aujourd'hui, vous cotisez. Demain, vous pouvez être au chômage. Après-demain, vous serez à la retraite. Et un jour, vous aurez besoin de soins.

La solidarité, ce n'est pas de la charité. C'est une assurance collective. Vous payez pour les autres aujourd'hui, et les autres paieront pour vous demain. C'est ce qui fait tenir une société.

Les chiffres du baromètre 2025 le confirment : les Français épargnent par précaution parce qu'ils ont peur. Peur de l'avenir, peur de ne pas pouvoir compter sur le système. Et cette peur, elle est alimentée par des discours qui remettent en cause la légitimité même de la protection sociale.

Mon conseil ? Ne tombez pas dans ce piège. Continuez à épargner, bien sûr. Constituez-vous une épargne de précaution solide. Investissez pour votre retraite. Mais ne croyez pas que vous pouvez tout gérer seul. Personne ne peut prévoir un cancer, un accident de la route, un licenciement économique. Et c'est précisément pour ça que la mutualisation des risques existe.

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Si vous voulez approfondir votre compréhension des mécanismes économiques et psychologiques derrière l'épargne et la protection sociale, je vous recommande trois lectures essentielles.

D'abord, pour comprendre comment nos biais psychologiques influencent nos décisions financières, notamment notre rapport à l'épargne de précaution et au risque. Ensuite, pour saisir les grands mécanismes économiques qui expliquent pourquoi la mutualisation des risques est plus efficace que l'individualisation. Enfin, pour acquérir les bases d'une éducation financière solide qui vous permettra de gérer votre budget sans dépendre uniquement du système, tout en comprenant sa valeur.

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Vous pouvez aussi consulter les rapports annuels de l'INSEE sur les revenus des ménages, le baromètre du Cercle des Épargnants (publié chaque année en février), et le rapport "Minima sociaux et prestations sociales" publié par le ministère des Solidarités.

Ce qu'il faut retenir

1. L'épargne de précaution explose : 59% des Français épargnent par peur de l'avenir, un niveau record qui traduit une défiance envers le système. Constituez-vous 3 à 6 mois de dépenses courantes sur un livret réglementé avant d'investir.

2. La protection sociale est une assurance collective : 10% de la population dépend des minima sociaux. Sans ce filet, ces millions de personnes basculeraient dans la précarité absolue. Personne n'est à l'abri d'un accident de parcours.

3. Améliorer, pas supprimer : Le système a des défauts, mais la solution n'est pas de tout démanteler. C'est d'améliorer l'efficacité, de lutter contre les fraudes, et de mieux cibler les aides. La solidarité n'est pas une charge, c'est un investissement dans la stabilité sociale.

Ne vous laissez pas impressionner par les discours simplistes sur le "salaire net à 100%". La réalité est bien plus complexe. Sur le long terme, ce qui compte, c'est d'avoir un système qui protège tout le monde, pas seulement les plus riches. Et ça, ça vaut bien quelques cotisations.

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Idris Nuguse

Idris Nuguse

Autodidacte en finance depuis 10 ans, je me prépare une retraite anticipée grâce à l'épargne intelligente. Je décrypte l'actualité économique pour vous.